Au Grand Musée égyptien, une bibliothèque pour faire de l'égyptologie un savoir en partage
Avec l'ouverture de sa bibliothèque de recherche, conçue en partenariat avec la France, le Grand Musée égyptien affirme une ambition qui dépasse la seule exposition des collections. Le plus grand musée consacré à une civilisation entend désormais s'imposer comme un centre international de recherche, de formation et de coopération scientifique.
Au pied du plateau de Gizeh, le Grand Musée égyptien poursuit sa mue. Après avoir affirmé sa vocation de plus grand musée au monde consacré à une seule civilisation, il entend désormais renforcer son rôle de référence scientifique internationale. L'inauguration de sa bibliothèque de recherche, le 6 juillet, en présence du ministre égyptien du Tourisme et des Antiquités, Sherif Fathy, du directeur général du musée, Ahmed Ghoneim, et de l'ambassadeur de France en Égypte, Éric Chevallier, marque une nouvelle étape de cette ambition.
Pensée dès l'origine du projet du GEM mais développée dans le cadre d'une coopération engagée entre l'Égypte et la France en 2022, cette bibliothèque illustre l'évolution des grands musées contemporains : ils ne sont plus uniquement des lieux où l'on expose le patrimoine, mais aussi des espaces où il s'étudie, s'interprète et se transmet.
Une nouvelle dimension scientifique
Pour Sherif Fathy, cette ouverture consacre la vocation scientifique du Grand Musée égyptien. Au-delà de ses galeries d'exposition et de ses laboratoires de restauration, le musée entend devenir une plateforme internationale de recherche, d'innovation muséale et de coopération culturelle.
Le ministre a rappelé que cette réalisation s'inscrivait dans le partenariat stratégique entre l'Égypte et la France, construit au fil des années sous l'impulsion des présidents Abdel Fattah Al-Sissi et Emmanuel Macron. Cette coopération couvre aujourd'hui les domaines de l'archéologie, de la recherche, de la formation et du tourisme.
Évoquant sa récente visite à Paris, où il a rencontré la ministre française de la Culture, Sherif Fathy a indiqué que les deux pays travaillaient à une nouvelle feuille de route destinée à renforcer leurs projets communs dans le secteur culturel.
Une bibliothèque tournée vers l'avenir
Pour Éric Chevallier, ambassadeur de France en Égypte, cette bibliothèque ouvre un nouveau chapitre dans une relation scientifique vieille de plus de deux siècles.
« Nous avons entre l'Égypte et la France une très longue et belle histoire de partenariat dans l'égyptologie », explique-t-il au Dialogue. « Ce que nous voulions, c'était franchir une nouvelle étape tournée vers l'avenir avec l'ouverture d'une bibliothèque au sein de ce joyau qu'est le Grand Musée égyptien. »
Le diplomate insiste sur la vocation du lieu : « Il ne s'agit pas seulement d'un espace où l'on consulte des livres. Nous voulons qu'il accueille des séminaires, des formations et des conférences, afin d'en faire un véritable lieu de partage des connaissances. »
Ce projet est le fruit d'un travail mené durant plusieurs mois par des équipes françaises et égyptiennes. Des bibliothécaires du GEM ont suivi des formations en France, tandis que des experts français ont accompagné sur place la conception scientifique et documentaire de la bibliothèque.
Un espace de recherche ouvert sur le monde
D'une superficie de 1 200 mètres carrés, la bibliothèque rassemble près de 17 000 ouvrages spécialisés en plusieurs langues consacrés à l'égyptologie, à l'archéologie, à la restauration, à la muséologie, à l'anthropologie, à l'architecture, à l'histoire et au patrimoine culturel.

Pour Zeineb Mohamed, directrice de la recherche scientifique, des publications et des bibliothèques du GEM, cette réalisation prolonge une ambition inscrite dans le projet du musée depuis sa création.
« La bibliothèque faisait partie de la vision initiale du Grand Musée égyptien », explique-t-elle au Dialogue. « L'expertise française nous a accompagnés dans sa restructuration et son organisation. Son design s'inspire directement de l'identité visuelle du musée. »
Si l'espace est avant tout destiné aux chercheurs et aux spécialistes, il intégrera également une dimension de médiation culturelle grâce à des dispositifs interactifs permettant au public de découvrir l'Égypte ancienne et les enjeux de la préservation du patrimoine.
Équipée pour accueillir formations internationales, ateliers et colloques scientifiques, la bibliothèque ambitionne de devenir un carrefour permanent des échanges académiques autour de l'égyptologie.
Une diplomatie du savoir
Pour Ahmed Ghoneim, cette bibliothèque constitue une étape décisive dans le développement du Grand Musée égyptien. Elle témoigne de la volonté de placer la recherche au cœur de l'institution et d'offrir aux chercheurs un environnement répondant aux standards internationaux.
À travers ce projet, Le Caire et Paris prolongent une coopération historique tout en lui donnant une dimension nouvelle. Plus qu'une bibliothèque, le Grand Musée égyptien se dote d'un outil de diplomatie culturelle, destiné à faire dialoguer les chercheurs, favoriser les collaborations internationales et renouveler les connaissances sur l'une des civilisations les plus étudiées au monde. 